Jonathan Lopez
     
 

Ne manquez pas l'article de Jonathan Lopez sur les faux d'Andrew Mellon: "The Early Vermeers of Han van Meegeren" dans les archives d'APOLLO MAGAZINE.

 
     
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In the Light of GodThe Man Who Made Vermeers
 

 

Écrivain à New York, Jonathan Lopez contribue régulièrement au magazine anglais Apollo:The International Magazine of the Arts et a également été publié dans le magazine néerlandais De Groene Amsterdammer. Son livre, The Man Who Made Vermeers, pose un nouveau regard sur la vie du faussaire d’œuvres d’art hollandais Han van Meegeren. Cet ouvrage repose sur un important travail de recherche effectué dans les archives de cinq pays pendant trois ans, ainsi que sur des entretiens avec les descendants des anciens complices de Van Meegeren.

Même si l’on s’en souvient surtout aujourd’hui pour avoir créé de toute pièce une période « biblique » dans l’œuvre de Johannes Vermeer, Han van Meegeren n’a jamais admis avoir contrefait le grand maître hollandais avant 1937. Certaines rumeurs semblent toutefois suggérer que sa carrière de faussaire a commencé bien avant cette date. Comme on le sait, Van Meegeren fut inculpé de collaboration avec le régime Nazi par le gouvernement néerlandais à la fin de la Seconde Guerre mondiale, notamment pour avoir vendu un tableau inestimable de Vermeer à Hermann Goering lors de l’occupation allemande. Lorsque Van Meegeren avoua avoir lui-même peint le chef-d’œuvre vendu à Goering, son procès fut instruit avec clémence et son escroquerie le rendit célèbre auprès du public néerlandais. Van Meegeren ne reconnut jamais que les six faux Vermeer que le gouvernement lui attribuait déjà grâce aux informations fournies par les hommes de paille ayant introduit les peintures sur le marché, deux Pieter de Hooch vendus de la même manière, et quelques toiles inachevées trouvées dans son atelier. Bien que des sources confidentielles eussent informé l’équipe en charge de l’enquête que Van Meegeren avait vendu des faux à des « anglais et des américains » plusieurs dizaines d’années avant la guerre, personne à l’époque ne semble avoir prêté attention à cette information.

Ces rumeurs, toutefois, n’étaient pas sans fondement. Comme le révèle The Man Who Made Vermeers, Van Meegeren a travaillé presque toute sa vie d’adulte comme faussaire, copiant les grands maîtres du XVIIe pour des intrigants du monde de l’art établis à Londres et Berlin. De célèbres marchands de tableaux de l’époque, comme Sir Joseph Duveen, ont été trompés par les faux de Van Meegeren, tout comme le célèbre banquier de Pittsburg Andrew Mellon, qui a acheté deux faux Vermeer dans les années 1920. Ne sachant pas qu’il s’agissait de faux, M. Mellon a fait don de ses deux « Vermeer » à la National Gallery of Art de Washington D.C, où ils sont restés exposés comme d’authentiques œuvres du maître hollandais jusque à la fin des années 50, lorsque des analyses techniques ont permis de démontrer leur facture moderne. Désormais entreposés et presque oubliés, aucun lien n’a jamais été établi entre ces tableaux et Van Meegeren, jusqu'à maintenant.

Pourquoi cet homme si fier de ses Vermeer bibliques peints ultérieurement a-t-il décidé de garder le secret sur ses premiers faux ? Serait-ce l'expression d'une certaine loyauté du faussaire envers son réseau de partenaires et de complices du « milieu » des beaux-arts ? Dans une certaine mesure, c’est probablement le cas. Tous les faux attribués à Van Meegeren et qu’il a reconnu ont été peints pendant la dernière période de sa carrière, époque à laquelle il travaillait seul, s’occupant lui-même de l’escroquerie, trouvant ses propres hommes de paille, menant secrètement les négociations et empochant le plus gros des bénéfices. Il serait toutefois naïf de penser que l’honneur, même l’honneur douteux entre gens du milieu, ait été une préoccupation majeure de Van Meegeren. La principale raison de son silence sur la durée et la portée de son implication dans la vente de faux en art est à replacer dans son contexte historique : à la fin de l’occupation allemande, Van Meegeren souhaitait tout sauf passer pour un criminel et profiteur de guerre. À cette fin, se présenter comme une sorte de Robin-des-bois de l’establishment culturel et de la tyrannie Nazie lui offrait une porte de sortie. Dans l'esprit de l'immédiat après-guerre, c’était une excellente idée.

Pourtant, aussi brillante qu’ait été la création de ce mythe, Van Meegeren s‘est fait une injustice biographique durable avec son explication fantasque artistico-vengeresse de sa vie et de sa carrière. Ses motivations cachées étaient bien plus complexes et subtiles, et la véritable histoire de sa métamorphose de peintre à faussaire offre en réalité une évocation poignante de ses conflits intimes : car c’est Van Meegeren lui-même, et non la cruauté des critiques, qui a ruiné ses aspiration artistiques légitimes. Séduit par l’argent facile et le succès de ses premières incursions dans la contrefaçon d’œuvres d’art pendant les années 1920, le jeune Van Meegeren s’est lentement mais sûrement éloigné de sa vocation. Plutôt que de persévérer et de dévouer toute son énergie à la création d’œuvres en son nom, il a laissé s’éteindre une part essentielle de lui-même, l’artiste authentique. C’était un pacte faustien dont les conséquences allaient entraîner des problèmes d’alcoolisme chronique, un premier mariage raté et une série d’affaires sordides. Par ailleurs, à son amertume grandissante allait bientôt s’ajouter un attrait croissant pour le fascisme.

En effet, ce sont surtout ses sympathies pour l’extrême droite que le faussaire a essayé de dissimuler en 1945, car Van Meegeren a vraiment été collaborateur. On lui doit notamment plusieurs affiches de propagande (exécutées sous son propre nom) commandées par le gouvernement fantoche mis en place par les allemands aux Pays-Bas. Il a en outre fait d’importants dons à la cause Nazi et même envoyé une note polie au Führer en gage d'admiration. En ce sens, l’intérêt de Van Meegeren pour le régime Nazi n’a pas été un simple égarement : au tout début du mouvement déjà, avant même qu’Adolf Hitler ne soit élu Chancelier, on pouvait l’entendre réciter par cœur des extraits de Mein Kampf. Vendre un faut Vermeer à Goering a sans doute été une simple transaction d’affaires, sans aucune intention politique sous-jacente. Van Meegeren croyait en fait profondément au rêve fasciste, ce qui allait devenir un sérieux problème après la guerre.

Comme l’explique avec force détails The Man Who Made Vermeers, la stratégie mise en place par Van Meegeren pour prouver son innocence en cet été 1945 – en manipulant non seulement l’opinion publique et les médias mais aussi certains représentants officiels du gouvernement néerlandais d’après-guerre – suggère que les dons légendaires de tromperie du faussaire s’étendaient bien au-delà du seul domaine de la peinture. Passé maître dans l'art de dire aux gens ce qu’ils voulaient entendre et ce qu'il voulait leur faire croire, Van Meegeren était un homme dangereux de bien des manières. Reconnaissons-lui au moins cela : Van Meegeren a été l'un des charlatans les plus brillants que nous ayons jamais connu.

 

 

 


     
 

"Jonathan Lopez dénonce l’ultime supercherie de van Meegeren, qui se fit passer pour un Robin des bois des arts face à la tyrannie : le faussaire était un nazi convaincu. Une pierre majeure est ainsi apportée à l’édifice déjà imposant des études consacrées à ce singulier personnage, l’un des imposteurs les plus doués du XXe siècle."

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